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LA GENESE DU «BOIS FACILE»

Mon premier meuble

Un meuble hifi adapté à la platine vinyl et aux CDs

J'ai construit mon premier meuble en voliges au début des années 90. Il s'agissait alors d'exécuter un plan d'après un article d'un magazine loisirs créatifs, le regretté «100 Idées à faire vous-même».

Je me souviens avoir eu quelques réticences à le construire, d'abord son style ne me plaisait pas, et je pensais obtenir un résultat minable à cause des nœuds du bois, de l'espace entre les planches et de l'inexactitude de mes coupes.

Le résultat a été conforme à mes prévisions : il y avait bien des trous et des fentes au milieu des panneaux, les arêtes étaient irrégulières.

A ma grande surprise pourtant les visiteurs étaient souvent enthousiastes. J'entends encore cette réflexion «Oh super ! C'est un petit meuble de brocante que vous avez chiné et repeint, n'est-ce pas ?».

Dommage... je n'ai pas de photos.

Le charme des défauts

Avant les stages, une bibliothèque en planches pour ranger la doc informatique.

En fait les défauts techniques qui m'avaient retenus se sont révélés des qualités donnant au meuble son charme.

Auparavant j'avais bien réalisé quelques meubles en panneaux de particules, mais je n'ai pas le souvenir d'avoir eu le moindre commentaire admiratif alors que pourtant ils étaient techniquement corrects.

Je me rends compte aujourd'hui que l'industrie nous offre un choix infini de meuble parfaits : droits, lisses, plans, étanches, d'équerre... mais notre œil est fatigué de toute cette rectitude.

Je me souviens aussi avoir longtemps rêvé de posséder un rabot électrique. Avec cet outil, c'était sûr, je n'aurais plus besoin de poncer mes planches, elles seraient lisses, jointives et mes arêtes seraient nettes.

Mon rêve, exaucé probablement par le Père Noël, je me suis lancé dans la pratique... Mais le seul meuble que j'ai réalisé en planches rabotées fût un échec. Bien que techniquement meilleur que ces prédécesseurs, esthétiquement il était nul. Les moindres défauts, par exemple 1mm de jeu à droite de la porte en 2mm à gauche, sautaient aux yeux. Quant au trou laissé par un nœud il était inacceptable. Résultat : un bricolage irrécupérable qui a fini a fini au feu !

Cet essai, justifiant la maxime : «On n'apprend que de ses erreurs» m'aura démontré que curieusement le meuble en voliges poncées pardonne toutes les imperfections techniques.

C'est, j'imagine, parce qu'il n'a rien de droit, ni la surface des planches poncées, ni les arêtes, ni même les angles que le résultat est esthétiquement si tolérant.

La surface des planches, quelque soit le soin apporté au ponçage, n'est heureusement jamais plane. En effet le sapin, le pin ou l'épicéa sont des bois très hétérogènes, dont les larges veines sombres sont beaucoup plus dures que les parties blanches. Le ponçage donne un relief infime, qui en restant visible même sous la peinture opaque, donne matière et douceur au meuble.

C'est cette tolérance aux imperfections techniques, qui rend la construction de meubles en voliges accessible aux plus novices des bricoleurs.

La technique «vissé/collé»

Table en planches de coffrage
Un meuble en cours de fabrication sur la terrasse, le pistolet de Sikaflex est sur l'appui de fenêtre.

De plus la technologie moderne nous propose des produits qui rendent la réalisation des assemblages d'une facilité dérisoire : les «vis à placo» et le «Sikaflex».

Notre premier allié, la «vis à placo», plus poétiquement appelée «vis en acier phosphatée à tête trompette à empreinte cruciforme et pointe filetée auto perceuse» à été conçue pour fixer des plaques de plâtres en sur des rails métalliques en les perçant. Ces vis s'enfoncent dans le bois sans qu'il soit nécessaire de faire un avant trou. La finesse de leur section évite de fendre le bois. La qualité de leur empreinte cruciforme permet de les enfoncer à l'aide d'une perceuse ou d'une visseuse. Ces vis existent en 25mm et 35mm de long ce qui est parfait pour fixer les voliges entre elles, jusqu'à 120mm pour des cas désespérés.

Notre second allié est le «Sikaflex», un «mastic/colle polyuréthane» dont les applications sont variées. De couleur rouge il sert à coller les tuiles canal sur les toits méridionaux, en gris il permet de colmater les fissures dans les façades en maçonnerie. Nous l'utilisons en beige ou en blanc pour effectuer des «collages souples en menuiserie».

Les assemblages sont une combinaison de collage et de vissage.

Un assemblage uniquement collé est laborieux à réaliser car il faudrait attendre une journée avant de le manipuler et placer une multitude de serre-joints.

Un assemblage seulement vissé est aussi difficile à réaliser car vous le constaterez vite certaines planches ont une furieuse tendance à se fendre.

Heureusement l'assemblage collé-vissé est vraiment trop facile !

La structure d'un meuble est rapidement construite. Si je peux y arriver dans l'heure, le premier venu le terminera de toute façon dans la journée. En fait, à la base, il s'agit d'une grande caisse.

La créativité appliquée

Une complète liberté de création avec la méthode du Bois Facile en général... et la scie sauteuse en particulier !

L'étape la plus amusante à mon goût est celle de la décoration. Je suis toujours émerveillé de voir comme quelques bouts de bois transforment cette vilaine caisse en un joli meuble, et comme une simple baguette suffit à en changer le style.

Le sapin, qui est un bois tendre, se prête aux plus audacieuses des découpes à la scie sauteuse. C'est toujours un grand plaisir que de rechercher des formes ou des motifs de frise, de les dessiner sur une feuille de papier, de la découper aux ciseaux et de les présenter sur le meuble pour essayer.

Quand la forme convient, il s'agit de la reporter sur une planche au stylo à bille puis de la découper à la scie sauteuse.

En cas d'erreur, le bois n'étant pas cher, il n'y a qu'à jeter la planche au feu et recommencer. En cas de casse, le «Sikaflex» est là pour réparer les pires désastres.

Quant aux fausses coupes et aux trous des vis, une pâte à bois extraordinaire (elle durci dans la masse en quelques minutes), le «Sintobois» permet de les reboucher.

Au fait, n'est ce pas ce qu'on appelle donner libre cours à sa créativité ?

Des outils qui dorment

Aujourd'hui je rencontre beaucoup de personnes dans lesquelles, du point de vue du bricolage, je me retrouve moi-même il y a quelques années.

Elles ont l'idée et l'envie de construire des meubles mais pensent qu'elles ne peuvent en être capable car cette activité est réservée aux hommes, aux travailleurs manuels, aux professionnels...

D'autres se sont déjà procurées de l'outillage mais ne savent pas en tirer profit.

Les articles des magazines de bricolage qu'elles consultent font tout de suite appel à des techniques d'ébénisterie hors de leur portée. Les matériaux recommandés, je pense au "médium", sont hors de prix. Quant aux objets proposés comme réalisation, ils ne sont pas toujours très amusants.

Il est vrai que bien souvent l'article de bricolage passe sous silence les points difficiles à réaliser. En fait le but de l'article est plutôt de faire rêver (pour faire vendre le magazine, pour faire voir la publicité, pour faire acheter des outils...) que de vraiment aider le futur bricoleur à réussir sa réalisation.

Et finalement en pratique aucune de ces personnes ne franchit le pas de la réalisation.

Transmettre le savoir

Alain et deux stagiaires en 2017.

Je fais partie de ceux qui aiment transmettre leur connaissances, et je trouve que montrer comment fabriquer un meuble est particulièrement gratifiant.

Le scénario de la première construction est toujours plus ou moins le même. La personne enchaîne les opérations, qui sont en fait des gestes simples (tracer, couper) tout à fait à sa portée.

Mon intervention consiste surtout à expliquer qu'il ne faut pas prêter attention aux défauts techniques qui surviennent (le bois se fend, un nœud mal placé, c'est pas droit etc...), que d'abord c'est inévitable, et que de toute façon ça n'a aucune importance.

Quoiqu'il en soit le meuble avance et il fini bientôt par être terminé. La personne, qui jusqu'ici avait le nez sur l'établi, prend du recul, écarquille les yeux, sourit et immanquablement regarde ses mains.

C'est un moment que j'aime bien.

Alain DELANGE.